Journal de bord du 22 octobre au 9 novembre

Que de mouvement à bord du Poulpe pour cette fin de très court automne géorgien. Entre visites d’amis et retour momentané pour la France l’équipage compose, se décompose et finalement se recompose au fil des jours.

Après quelques journées passées à flâner dans les rues de Tbilisi en compagnie d’amis géorgiens nous avons relancé la machine pour nous rendre au complexe de David Garedja. Un ensemble de vieux monastères creusés dans les sables sédimentaires à la frontière Azérie. L’ensemble est vraiment superbe, mais le plus impressionnant reste le nombre de moines qui habitent encore l’endroit.

D’ailleurs on a beau dire le style monacal géorgien ferait passer n’importe quelle caricature de terroriste tchétchène pour des enfants de chœur. Pour adopter le style en vogue dans les monastères l’équipage du Cinéfritour vous recommande d’ailleurs de :

  • Vous laisser pousser la barbe pendant 5 ou 6 ans
  • Visser à votre crâne un rond de feutrine noir
  • Vous habiller de noir uniquement, depuis la veste jusqu’aux chaussures
  • Endosser le gilet multi-poche, pratique pour ranger le chapelet

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Après une chaude journée on gare notre machine à ventouses aux pieds des monastères. Le lendemain tout a changé. Autour de nous un épais brouillard a pris place. Si épais que même après plusieurs dizaines de kilomètres nous n’arriverons pas à nous en débarrasser. Pendant trois jours nous visitons l’est de la Géorgie sans voir plus loin que deux brassées de tentacules. Assez certes pour trouver les marchands de fromages, les plaqueminiers (ces arbres géniaux remplis de kakis mous et durs), les noyers à l’abandon et les autres nourritures distribuées  par ce pays de cocagne et ses habitant mais insuffisant pour nous apercevoir que depuis 48h nous avions élu domicile au sommet d’une colline entourée de steppes…

Tant pis nous tournons casaque et revenons flâner à Tbilisi entre doux rêveurs utopistes, artiste géorgien passionné de champignons, banquier rêvant d’ouvrir un café littéraire, éditeurs de romans, anarchistes russes, bars à la mode.

On s’y plait bien et on voudrait ne jamais en repartir mais il nous faut pratiquer notre turc appris durant les soirées de plus en plus longues de l’automne. Et puis nous aimerions tant passer par le monastère de Poka réputé pour ses fromages. En attendant on fait connaissance avec le froid géorgien qui s’abat sur nous sans prévenir, en une nuit le paysage a changé. Tout est blanc, tout est froid, les routes sont fermées et il nous faut emmagasiner au plus vite du bois sec pour l’hiver ; On sort vite hache, scie, cordes pour fagoter du combustible pour le poêle.

Une fois la route déneigée on file chez les nonnes perdues sur les hauts plateaux, à la frontière arménienne. Oh malheur trois fois malheur, les moines cisterciens de l’abbaye de Cîteaux ont pris en main la gestion marketing du monastère. Pas de vieilles églises, ni de couvent abandonné mais un ensemble de bâtiments ultra-modernes construits en matériaux locaux et financés par la vente de fromages à des prix proprement exorbitants. Compter 30-40€ le kilo pour de pâles copies de nos spécialités fromagères et même pas une dégustation à la clé. Tant pis pour eux, nous repartirons les mains vides malgré la débauche de storytelling, de packaging, de brochures, de publicités…

Poka

La route reprend, les paysages se succèdent sans fin ni limite. On s’arrête de temps en temps pour marcher et prendre la mesure des changements intervenus dans les derniers kilomètres. Les montagnes se sont transformées en vastes étendues caillouteuses parmi lesquelles on distingue des restes de vieux volcans, de canyons creusés dans les amas rocheux et quelques vaches fouinant sous la neige. Les maisons sont solides, carrées et faites pour durer, construites en pierre de taille grises ou noires. Les regards des arméniens habitant la région sont plus sombres encore que ceux des géorgiens. Tout est écrit en russe ou en arménien, le géorgien n’est pas parlé, le turc est banni. Austère, austère on vous dit.

Géorgie

Une tentative échouée plus tard de franchir la frontière turque et nous revoici en Géorgie pour quelques heures. Le temps de se faire inviter une dernière fois autour d’un morceau de fromage, de quelques restes de poisson et de forces vinasses et le passage de la frontière turque s’effectue rapidement et sans encombre avec, aux lèvres, un sourire béat d’avoir tant toasté et avec tant d’entrain à l’amitié, à la Géorgie et à la santé de tous.

 Au revoir Sakhartvelo, merhaba Turquie !

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