Journal de bord du 9 au 17 novembre

Et voilà, nous avons tourné pour de bon le dos aux derniers fragments de l’U.R.S.S ; toujours un peu tristes de ne plus pouvoir bredouiller notre russe hésitant, déçus de laisser en arrière les maisons surchauffées, les tuyaux de gaz apparents et surtout cette passion commune pour le distillat de blé qui a uni pendant près d’un siècle turkmènes, ouzbeks, kirghizes, kazakhs, russes, géorgiens sous le même goulot.
Reste maintenant à s’imprégner de la Turquie, de ses grands plateaux montagneux, de son atmosphère besogneuse, et d’une ambiance de croissance économique qui semble susciter autant d’espoirs parmi la population que d’interrogations pour nous.

Un col enneigé après la frontière, nous établissons notre premier campement en bordure de rivière. La première ville est à 50 kilomètres, les villages sont tout aussi éloignés et malgré le froid l’eau est d’une troublante verdeur… Nous voici revenus en terre agricole intensive, les engrais et leurs cohortes de nitrates ont fait leur réapparition. N’empêche le ciel est beau, l’air à peu près pur et les collines superbes. Une petite marche et nous voilà regonflés à bloc.

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Le lendemain il fait toujours aussi froid, on se promène dans les rue d’Ardahan, ancienne ville arménienne comme le reste de la région. Et mazette, révélation, le coin est fameux pour son fromage. De grosses tommes aux allures de Comté, un peu plus granuleuses, des arômes un peu moins subtils mais rudement bon après six mois de fromage salé.
Les provisions faites on remet les gaz en direction du sud. Sur la route on croise la sheytan forteresse. Un bien bel édifice construit sur un python rocheux en plein milieux d’une gorge étroite. Sûrement l’une des plus belles que nous ayions croisée depuis le départ. Le temps de s’embourber dans 10 cm de boue et nous voilà repartis.

Les guides nous avaient vanté les paysages du lac çildir… Nous ne sommes pas tout à fait d’accord. Entre les carrières de pierres, l’autoroute et la nouvelle ligne de chemin de fer joignant Kars à Tbilisi, le paysage a un peu trop souffert. Tant pis on restera plus longtemps à Ani, ancienne capitale arménienne. Le secteur semble encore un peu sensible et les balades étroitement surveillées mais derrière les murs de la cité  restent d’impressionnants vestiges. Il y a dix siècles la ville était l’une des principales métropoles de la région, aujourd’hui il ne reste plus qu’un vaste champ de pierres et d’églises ceint d’une grosse muraille.  Par chance nous pouvons nous greffer à un groupe de touristes pourvus d’un guide en chair et os, un vrai plus.

Notre quota de promenades campagnardes atteint nous repiquons vers Kars et ses tours de béton. Seul le centre est à peu près préservé. Pour l’instant ce qu’on croit être une erreur d’urbaniste ne nous effraie pas plus que ça et nous focalisons notre attention sur les mille et une fromageries qui parsèment le centre.

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Nos voisins sympathiques nous apportent le thé dans le camion, nous offrent le pain, des concombres et la vie est belle. Un petit tour à la forteresse, une timide tentative d’imposer les membres féminines du Poulpe dans un salon de thé réservé aux hommes, un morceau de fromage et nous remettons le cap toujours plus au sud.

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En passant nous en profitons pour faire le plein dans une ancienne mine de sel et nous refaisons escale à Dogubayazit, la ville frontalière de l’Iran. Comme il y a 8 mois, le temps est à la pluie, toujours autant de boue. Nous ratons notre dernière occasion de voir le mont Ararat.
A la place nous faisons connaissance avec les trafiquants de diesel qui passent régulièrement la frontière les réservoirs bien remplis avant de les transvaser au plus offrant. On en profite pour faire le plein en attendant que notre système de filtration d’huile se réchauffe un peu. On échappe d’un rien à la neige et on redescend sur Van et son grand lac salé.

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Malédiction les architectes de la ville ont perdu la boule. Plus de vieilles bâtisses, plus de maisons de pierre, la quasi intégralité de l’agglomération se compose de barres résidentielles construites à la hâte et commençant déjà à rendre l’âme. Les quartiers et banlieues ne sont pas reliés les uns aux autres et l’ensemble est laid à mourir sans même prendre en compte le vieillissement à venir des bâtiments. Tant pis pour les prouesses architecturales, on se réconforte en profitant de notre couchsurfer qui nous présente à sa joyeuse bande avec laquelle nous nous lions très vite d’amitié. Ni une, ni trois nous sommes invités à rencontrer les élèves de l’un d’eux dans leur école. C’est plus chouette que les balades dans la forêt de béton. Entre les deux on va écouter la musique kurde, on goûte au vin maison, on détourne notre cinéma pour organiser une soirée Star Wars, on goûte au kébab à l’aubergine, on visite  la forteresse de la ville et on se repose un peu.

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En attendant de frotter nos neurones et notre peau aux réalités du Kurdistan turc nous reparlons beaucoup dans le camion de nos lectures sur les anciens royaumes arméniens qui composaient autrefois la région que nous venons de parcourir. Plus un arménien sur ces terres et plus grand chose d’historique dans les lieux de vie courants, les cœurs historiques des villes sont quasi systématiquement détruits (à l’exception de la forteresse), les panneaux d’indication historique soumis à la version officielle de l’histoire et les arméniens retranchés derrière leur nouvelle ligne de frontière bien gardée par des soldats russes.

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