Journal de bord du 26 février au 6 mars

Le poulpe plaque ses tentacules sur cette vieille Europe et fonce droit sur la fumante et grande Istanbul.

 Avant de sortir des frontières turques il nous reste encore à arpenter banlieues sans fin et ruelles abruptes de cette ville, jaunie des fumées de charbon et noircie des rejets de la raffinerie,  qui s’étend sur près de 120km et qui abrite pas loin de 15 millions de turcs, de géorgiens, d’ukrainiens, de russes, d’iraniens, de kirghizes, de bulgares, de tsiganes, de français, d’allemands et même de quelques grecs et arméniens.

IMG_3969

 Une fois garé notre octopode favori dans une résidence surveillée, un de ces nouveaux quartiers sans charme ni âme que les stambouliotes apprécient tant, nous troquons parechoc et embrayage contre un bon vieux sac à dos. Adieu embouteillages, bonjour couchsurfers ! Le dos enfin reposé et les habits presque propres il est temps de faire connaissance avec les activistes du food not bomb local. Le quoi ? Mais si ! Le Food not Bomb cette structure internationale qui lutte contre le gaspillage alimentaire et milite pour l’action politique.

IMG_3974

La cuisine est située dans l’un des quartiers tsiganes, et l’on a tôt fait de comprendre que l’intégration brutale de la Turquie à l’économie mondiale a laissé pour compte les oubliés de la croissance. Rues défoncées, hordes d’enfants, jeunes sans boulot, maisons en ruines forment un ghetto sonore, bordélique et animé à deux rues à peine de la place Taksim. A l’intérieur, encerclés par une meute d’enfants assoiffés de sel au citron, deux jeunes s’évertuent à cuisiner le repas qui sera gratuitement distribué ce soir. Nous nous empressons de les rejoindre et entamons dans la bonne humeur et les cris la valse du brocoli. Au fur et à mesure que le temps passe d’autres volontaires débarquent. Le repas du soir offert à tous devant le lycée Galatasaray promet d’être copieux.
Nous n’y participerons pas car les occupants du Poulpe vont tâter avec leur couchsurfeuse de la mystique force, ce soir c’est méditation pour tous. Allez hop ! Tous sur le dos, fermez les petits-pois, ouvrez les chacras, parés pour le décollage et c’est parti. Le poulpe tournerait-il ésotérique ?

Non, non, rassurez-vous. Méditation et pleine conscience n’ont fait que renforcer notre visite sociale de ce concentré de Turquie qu’est Istanbul. Car il est bel et bien fini le temps où l’on pouvait s’écrier « Mais c’est Byzance ».
Pauvreté et richesse coexistent et s’entremêlent sans bien évidemment se mélanger. Dans les quartiers huppés ce sont les ramasseurs de carton charriant leurs trésors de papiers gondolés penchés sur leur caddy de fortune, dans les artères touristiques les cireurs de chaussures, les vendeurs de simit, dans les ruelles de Taksim les collectionneurs de verre, les avaleurs de colle. Le bouillonnement vivant de cette ville toujours en activité rejette sans cesse ses éclopés, ses membres cassés, ses vieux débris qui tentent de se raccrocher encore et toujours à ce géant sans cesse en mouvement, reconstruisant toujours plus loin des bidonvilles qui seront « inch Allah » intégrés au développement prochain de la mégalopole.

Pourtant difficile de ne pas aimer cette ville à cheval sur l’Europe et sur l’Asie. Tout y est contradiction et opposé. Jeunesse cultivée, occidentalisée rejetant l’ignorance et la foi grossière de paysans venus tenter leur chance à la capitale,  ignominies architecturales sans égal et chefs d’œuvres de maître, prostitution aux fenêtres, femmes intégralement voilées, mini-jupes ; tandis que le Bosphore fête son nouveau métro les pêcheurs du pont Galata continuent de sortir de l’eau quantité de tassergal, à l’étage inférieur d’innombrables échoppes proposent la spécialité du cru, le pain fourré au maquereau, sans que personne n’imagine que le maquereau arrive aujourd’hui tout frais congelé de Norvège.

turquie 9IMG_4028

Alors nous fonctionnons à contre-temps, à rebours de ce rythme trop rapide pour de placides voyageurs. On s’amuse à sauter d’un continent à l’autre, on s’aventure sur les îles au Prince « cœur vert d’Istanbul » qui sous la pluie et dans la boue nous feront plutôt l’effet d’un « poumon cancéreux », on retrouve d’anciens copains de voyage, on redécouvre les joies de la fête urbaine et puis on s’attarde longuement au Komsucafé. Un lieu autogéré, sans prix fixe, sans menu ni chef, ou chaque jour la cuisine est confiée à des volontaires, à toi, à moi.
L’ambiance y est si sympa qu’on y organise même une projection pour fêter notre départ.

IMG_4040

Car il est l’heure de partir, et vite. Notre temps de séjour maximum est dépassé depuis plusieurs semaines. Nous avions mis au point stratagèmes et ruses de sioux pour feindre l’ignorance, c’était tout ce qu’il y a de plus inutile. Passeport, scan, amende, c’est la procédure et impossible d’y couper sauf… sauf si vous estimez que la Turquie ce n’est pas si près et que vous n’y retournerez surement pas de bientôt. Dans ce cas-là il vous suffit de cocher la case exclusion temporaire de territoire pour échapper à la pénalité. Nous on ne vous dit pas ce qu’on a fait….

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s